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Boris Cyrulnik, né le 26 juillet 1937 à Bordeaux, est un neuro-psychiatre français.

Ancien animateur d'un groupe de recherche en éthologie clinique au centre hospitalier intercommunal de Toulon-La Seyne-sur-Mer et directeur d'enseignement du diplôme universitaire (DU) « Clinique de l'attachement et des systèmes familiaux1 » à l'université du Sud-Toulon-Var, Boris Cyrulnik est surtout connu pour avoir vulgarisé le concept de « résilience » (renaître de sa souffrance) qu'il a tiré des écrits de John Bowlby2. À la suite de ce dernier, Boris Cyrulnik voit d'abord l'éthologie comme « un carrefour de disciplines3 ».

Il est membre du comité d'honneur de l'Association pour le droit de mourir dans la dignité (ADMD)4. Boris Cyrulnik est également un homme engagé pour la protection de la nature et des animaux. Il est un ami fidèle de Jane Goodall et membre de l'Institut Jane Goodall France (en)5.


 

Biographie

Jeunesse

Boris Cyrulnik est né dans une famille d'immigrés juifs d'Europe orientale (son père était russo-ukrainien et sa mère polonaise) arrivés en France dans les années 19306. Son patronyme signifie « coiffeur » ou « barbier » en russe. Son père, Aaron Cyrulnik, est né le 4 juillet 1911 à Luck7. Il est ébéniste8 et s'engage dans la Légion étrangère9. Sa mère, Estera Cyrulnik (née Smulewicz), est née le 30 mars 1903 à Lublin7, est prénommée tantôt Rosa10,11, tantôt Nadia12 selon les sources. Durant l'Occupation, ses parents le confient en 194213 à une pension pour lui éviter d'être déporté par les nazis, pension qui le placera ensuite à l'Assistance publique. Il y est recueilli par une institutrice bordelaise, Marguerite Farges, qui le cache chez elle rue Adrien-Baysselance9. Mais, le 10 janvier 194413,8, au cours d'une rafle, il est regroupé avec d'autres Juifs à la grande synagogue de Bordeaux9. Il s'y cache dans les toilettes et est sauvé alors par une infirmière11,14. Il échappe ainsi au sort des autres raflés emmenés vers la gare Saint-Jean et déportés. Il est ensuite pris en charge et caché par un réseau, puis placé comme garçon de ferme, sous le nom de Jean Laborde, jusqu'à la Libération9. Ses parents, eux, meurent en déportation8. Son père est déporté par le Convoi No. 64, en date du 7 décembre 1943, du Camp de Drancy vers Auschwitz. Sa mère est déportée par le Convoi No. 7, en date du 19 juillet 1942, du Camp de Drancy vers Auschwitz. Leur dernière adresse est au 60 rue de la Rouselle à Bordeaux7. Il est recueilli à Paris par une tante maternelle, Dora, qui l'élève. Il explique que c'est cette expérience personnelle traumatisante qui l'a poussé à devenir psychiatre8.

 

Formation et carrière

Boris Cyrulnik fait ses études secondaires au lycée Jacques-Decour à Paris, puis supérieures à la faculté de médecine de Paris. Le service de neurochirurgie parisien dans lequel il fait fonction d'interne pendant un an (1967-1968) refuse de prolonger son contrat, et le service de psychiatrie de l'hôpital de Digne dans lequel il commence alors son internat refuse également de prolonger son contrat au bout d'un an (1968-1969), malgré l'appel de cette décision qu'il fait alors auprès du conseil de l'ordre15. Afin de valider son certificat d'études spéciales en neuropsychiatrie, il semble trouver un point de chute dans le service de psychiatrie du Pr Sutter15 à Marseille (une autre version de sa biographie mentionne quant à elle un internat en psychiatrie à Digne-les-Bains de 1968 à 1971)[réf. nécessaire].

Il devient ensuite médecin chef de La Salvate, un établissement privé de postcure psychiatrique16. Il quitte ce poste en 1979 et s'installe comme psychanalyste à mi-temps17, tout en donnant des consultations au centre hospitalier intercommunal de Toulon-La Seyne-sur-Mer (jusqu'en 1991) ; il y crée un groupe de recherches en éthologie clinique qu'il anime jusqu'à la fin des années 1990 au moins18. Il publie en 1984 Éthologie clinique : 14 textes originaux (éditions de la Société de psychologie médicale de langue française)19. Chargé de cours d'éthologie humaine/clinique à la faculté de médecine de Marseille de 1974 à 1987, il devient en 1995/1996 directeur d'enseignement d'un diplôme universitaire (DU) de la faculté des lettres et sciences humaines de Toulon.

En 1998, il est nommé président du Centre national de création et de diffusion culturelles de Châteauvallon, puis en 2005 président du Prix Annie-et-Charles-Corrin sur la mémoire de la Shoah (depuis 2005). Il est également membre du conseil d'orientation de l'institut Diderot (un fonds de dotation pour le développement de l’économie sociale créé par la société de groupe d'assurance mutuelle Covéa).

Boris Cyrulnik est une des 43 personnalités ayant constitué la commission Attali sur les freins à la croissance, dirigée par Jacques Attali et installée le 30 août 2007 par Nicolas Sarkozy20.

Depuis 2007, il dispose d'une chronique dominicale sur France Info, Histoire d'Homme avec Marie-Odile Monchicourt et Yves Coppens21.

Avec sa femme Florence (médecin qui n'a pas exercé), il a deux enfants : Natacha, devenue décoratrice de théâtre et maître de conférence à l'Université Sophia Antipolis de Nice22, et Ivan, musicien23.

 

Honneurs

Le 31 décembre 2014 il est élevé au rang d'Officier de la Légion d'Honneur24.

Il est aussi Docteur Honoris causa de l'Université de Louvain-la-Neuve.

Prises de position

Boris Cyrulnik s'est positionné à plusieurs reprises contre la gestation pour autrui, notamment au titre des effets délétères sur la vie entière qu'aurait la séparation précoce d'avec la mère biologique25, et parce qu'un bébé né d'une mère ne l'ayant pas investi affectivement pendant sa grossesse aurait selon lui un retard de développement à la naissance.

Interrogé fin 2011 sur la querelle autour de la « théorie du genre », Boris Cyrulnik répond : « Je pense que le « genre » est une idéologie. Cette haine de la différence est celle des pervers, qui ne la supportent pas. Freud disait que le pervers est celui qu'indisposait l'absence de pénis chez sa mère. On y est26. »

Sur l'homoparentalité, Boris Cyrulnik est plutôt pour : « Selon mon expérience, les enfants élevés par des couples homosexuels grandissent comme les autres27. »

Conteur à la « voix douce, enveloppante et délicieusement régressive28 » et vulgarisateur (en 2010, il a vendu plus de 1,5 million d'exemplaires de ses différents ouvrages)29, Boris Cyrulnik a en effet réussi à médiatiser des thèses biologisantes30 : « gène du surhomme » qui « facilite le transport de la sérotonine, un neuromédiateur qui lutte contre les émotions dépressives » et joue un rôle déterminant dans la résilience31 ; différences naturelles de tempéraments et de comportements entre individus (et plus particulièrement entre hommes et femmes), déterminées par les prédispositions génétiques, les hormones sexuelles, le système immunitaire32,33.

 

Critiques

Le journaliste scientifique Nicolas Chevassus-au-Louis explique dans son enquête34 que Boris Cyrulnik raconte « peu ou prou la même chose » dans ses 18 livres (2,5 millions d’exemplaires vendus) avec de nombreuses banalités, des contradictions et des références, notamment scientifiques, défaillantes (non référencées, invérifiables). Son statut de scientifique y est aussi questionné puisque : il n’exerce plus comme médecin depuis 1999, il n’est pas éthologue (ce qu’il confirme au journaliste) et il n’est guère cité dans les publications académiques. Concernant la notion empruntée de résilience, le journaliste ajoute qu’il se contente « dans ses livres d’enchaîner les anecdotes sans esquisser la moindre théorisation sérieuse » alors même que des discussions ont cours dans le milieu scientifique.

La chercheuse indépendante Odile Fillod a consacré deux billets critiques35,36 aux thèses et au parcours de Boris Cyrulnik.

 

Publications (sélection)

Ouvrages

  • Mémoire de singe et paroles d'homme,  éd. Hachette, 1983.

  • Sous le signe du lien,  éd. Hachette, 1989 ; rééd. Fayard/Pluriel, 2010.

  • La Naissance du sens,  éd. Hachette, 1991.

  • Les Nourritures affectives,  éd. Odile Jacob, 1993.

  • De la parole comme d'une molécule, avec Émile Noël,  éd. Seuil, 1995.

  • L'Ensorcellement du monde,  éd. Odile Jacob, 1997.

  • La Naissance du sens, Hachette Littérature, 1998. (ISBN 978-2012788916)

traduction anglaise : The Dawn of Meaning

Traduction anglaise : The Whispering of Ghosts: Trauma and Resilience (2005)

  • Parler d'amour au bord du gouffre,  éd. Odile Jacob, 2004.

Traduction anglaise : Talking of Love on the Edge of a Precipice (2007)